Jean-Martin Barbut

Comme je l’explique dans le texte Interactions qui présente mon travail, si j’ai choisi l’eau de mer dans les multiples formes qu’elle prend lorsqu’elle in- teragit avec son environnement (le vent, la côte, un bateau...) c’est parce que la mer est un univers à plusieurs entrées. Il y a bien entendu la plus évidente : la matrice de la Vie. Au-delà de cette allégorie connue, symboliquement, l’eau de mer véhicule une image forte. Tout d’abord le paramètre « eau ». L’eau est plastique, malléable, divisible presque à l’infini en gouttes ou vapeur, mais elle sait se rassembler dès que les conditions le permettent. Je trouve là une belle illustration de ce qu’est la matière, ce pullulement de particules et de quanta dont parle Carlo Rovelli dans Sept brèves leçons de physique, mais aussi la conscience, individualisée ou globale. La matière nous révèle parfois sa plus intime structure pour la cacher immédiatement. L’eau sait faire cela, et elle le fait continuellement quand elle est mer ou océan. Elle est tout autant multi- morphe qu’uniforme selon le paradigme choisi. La mer est aussi continuel- lement sculptée par le temps. L’observer permet de s’observer dans le conti- nuum du temps. Se souvenir d’une vague nous situe dans et par rapport à celui-ci comme je l’explique dans Interactions. S’observer en train de se sou- venir d’une vague c’est prendre conscience de soi. L’eau c’est donc tout à la fois la matière-espace-temps et la conscience dans ce qu’elle a de plus brut, avant les mots, avant le sens. Comprendre l’eau c’est comprendre la matière au plus intime d’elle-même. C’est aussi discerner l’intrication de la matière et de la conscience.

L’exploration du temps, que ce soit celle des physiciens (la relativité d’Eins- tein, le point de vue de Newton) ou celle des mystiques (Les confessions de Saint Augustin) tient une part importe dans mon rapport au monde. Que ce soit l’invariance du temps présent ou la relativité de son ressenti, le temps ne passe pas, seuls des phénomènes s’y produisent. J’explore cette relation au temps lors de la pratique de la méditation ou de la contemplation. La mémoire se joue du temps (le présent du passé de Saint Augustin), mais finalement ne sommes-nous pas la scène sur laquelle le temps nous joue sa partition ? La photographie nous propose des instants figés, j’ai eu envie de les explorer.

Il s’agit d’un extrait d’une série qui comporte plus de 100 images à l’heure actuelle. Cette série est ouverte et le restera longtemps. Elle a pour support unique des vagues sans cesse renouvelées. Cette série a été commencée en février 2016.

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